Pourquoi redevenir avocat?

C’est une question que l’on m’a beaucoup posée ces dernières semaines.

Créer son cabinet d’avocat, c’est-à-dire son entreprise, aujourd’hui pourrait passer pour un choix audacieux, voire téméraire.


En réalité, c’est pour moi l’aboutissement de la rencontre d’un constat professionnel avec une conviction personnelle, forgé au fil des années passées en entreprise, au contact des équipes, des managers, des sites et des contraintes business.

Un constat simple, mais préoccupant : le droit social s’éloigne progressivement du terrain qu’il est censé encadrer.


Inflation normative : le contexte de la création du cabinet


En entreprise, la difficulté n’est pas tant la règle que son accumulation.

Année après année, le droit social s’est enrichi de dispositifs, d’obligations, de procédures, souvent produites sans véritable étude d’impact.


Sur le terrain, cela crée un écart de plus en plus visible entre :

  • les exigences de conformité réglementaire,
  • et les exigences opérationnelles réelles sur site.


Les équipes doivent produire, livrer, recruter, gérer l’imprévu.
Le droit, lui, exige des process toujours plus fins, parfois déconnectés des réalités humaines et économiques.

Se couvrir ou accompagner ?

Dans ce contexte, j’ai aussi vu évoluer certaines pratiques professionnelles.

Par prudence — parfois excessive — certains acteurs du droit et des fonctions support privilégient avant tout le fait de “se couvrir”.

Cette approche est compréhensible. Mais elle peut devenir paralysante lorsqu’elle prend le pas sur l’accompagnement réel et la recherche de solutions opérationnelles, c’est-à-dire de solutions qui répondent aux besoins du client et de son activité.

Un système qui peine à changer de trajectoire


Cette inflation normative s’inscrit dans un cadre plus large, lui aussi dysfonctionnel.

Les charges pèsent toujours plus lourd.

Les décisions budgétaires s’enchaînent sans vision stratégique claire à moyen terme.

Les entreprises deviennent, trop souvent, la variable d’ajustement.


L’exemple de la surtaxe sur les grandes entreprises est parlant : annoncée comme temporaire pour 2025, finalement reconduite pour 2026.

Au-delà de cette mesure, le message est clair :

  • absence de parole stable,
  • impossibilité de se projeter,
  • déficit de lisibilité économique.


Dans ces conditions, comment demander aux entreprises d’investir, de recruter, de prendre des décisions structurantes ?

Ces décisions ont un coût difficilement mesurable : emplois non créés, projets abandonnés, radiations volontaires. Autant de trajectoires professionnelles et personnelles impactées, et dont les conséquences ne seront mesurées que bien après les débats budgétaires.

Ce dont les dirigeants ont réellement besoin : un avocat qui veut faire grandir leur entreprise


Dans un environnement changeant, peu lisible, parfois hostile à la visibilité à moyen terme, les dirigeants n’ont pas besoin de commentaires abstraits sur les textes.
Ils ont besoin :

  • de conseil opérationnel,
  • d’un appui solide,
  • d’un partenaire capable d’aider à naviguer, arbitrer, prioriser.

Quelqu’un qui comprend à la fois la règle et le terrain.
Quelqu’un qui assume que le risque zéro n’existe pas, mais que le risque peut se piloter.

Une conviction personnelle : la vision du cabinet


Ma conviction personnelle : le droit est censé organiser, éclairer, guider.

Je me souviens d’où vient cette conviction : de la lecture, il y a tant d’années, du discours préliminaire sur le code civil de Portalis, qui dès 1804 rappelait que «[le législateur]  ne doit point perdre de vue que les lois sont faites pour les hommes, et non les hommes pour les lois » et nous mettait en garde sur les idées de perfection sans mesurer les effets pervers de l’intervention législative.


Ce discours, prononcé en 1804, a pour moi un écho tout particulier en cette année 2026.

La France est un beau pays, et nous sommes les héritiers d’une démocratie libérale qu’il nous faut chérir. Sacrifier l’’avenir et nos libertés me paraît inacceptable.

C’est ce qui m’a poussé à me lancer et à prendre le risque de redevenir avocat.

Je veux aider les TPE et PME. Qu’elles survivent. Qu’elles prospèrent.


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